Depuis G.Fébus,1385
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Depuis G.Fébus,1385
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RANQUETAT, CE QU'IL POUVAIT SIGNIFIER
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Jean Tosti, expert catalan en patronymes, indique :
RANQUETAT : Patronyme rare porté en Béarn (64). Il correspond au mot occitan franquetat (= franchise), qui a pu désigner en toponymie une terre franche, libre de droits. Il existe un hameau appelé Ranquetat à Rivehaute (64).
Jean Tosti indique aussi d'autres noms de la meme famille:
FRANQUES: Nom surtout porté dans le Tarn et l'Aveyron. Il devrait s'agir d'un toponyme évoquant une terre franche (= exempte de droits seigneuriaux).
FRANQUESA: Désigne celui qui habite un lieu-dit (la) Franquesa, nom catalan ayant le sens de terre franche, exempte de droits seigneuriaux.
[Sur le versant espagnol de la Catalogne existe aujourd'hui le "Mas de la Franqueta", qui rappelle notre Ranquetat/Franquetat.]
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Dans le dictionnaire du Béarnais Simin Palay, on trouve :
"FRANQUETàT : franchise ; est tombé en désuétude dans le sens juridique." [Sens juridique = franchise accordée par les seigneurs]
"FRANQUéSE : franchise, loyauté, immunité."
"FRANQUI : afranqui, risquer, faire franchir."
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Louis Laborde-Balen, dans son cours de généalogie, transcrit le testament de Peyrone de Salefranques, de Gurs (près de Navarrenx), de 1396. Parmi les 5 témoins, on trouve : "Arnaut de Ranquetat, Fortaner de Ranquetat, Guilhem de Lasranques, de Gurtz."
A propos de Lasranques, il reporte ce que dit Michel Grosclaude, linguiste lorrain devenu béarnais :
RANQUE : forme féminine de Franc, affranchi.
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L'ORIGINE BEARNAISE

Par sa construction, le nom de Ranquetat contient en lui-même l'indication de son origine géographique et historique.
Le double suffixe -et-at, ajouté à Franq(ue), serait un des nombreux exemples béarnais de dérivés de noms. D'après Marcel-François Berganton, qui a étudié les censiers des XIII° et XIV°s., il n'existe pas d'anthroponyme gascon ainsi composé, hors Béarn et Bigorre. Il identifie seulement hors du Béarn un Doatus de Franqueta (sans le "t") en Bigorre, à Soulom, en 1312, parmi les 4363 personnes resencées dans le "Debita regi Navarrae". Les autres sont Béarnais.
Franquetat ou Ranquetat n'apparaissent que comme deuxième nom, nom complémentaire, après le "prénom". Donc comme nom de maison, comme toponyme, suivant la tradition. Berganton relève les premiers noms en -at vers 1070. Il dit qu'ils sont aussi des participe passé, ce qui renforce l'idée de "francheté", franchise.
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2 HYPOTHESES pour L'ORIGINE DU PATRONYME :

Il ne fait donc plus de doute sur le sens brut du mot, du toponyme : il désigne une "franchise".
Sur l'identitité entre Ranquetat et Franquetat non plus, aucun doute : dans le parler courant, la perte du F est fréquente en Béarn. Par contre le débat est ouvert quant à l’origine de la franchise.

Il apparait 2 possibilités pour qu'une terre ou une maison soit dite "franche" ou affranchie.
1- Soit il s'agit d'une maison affranchie de son état de servage.
2- Soit il s'agit de la maison d'un nouvel habitant originaire d'une ville franche.
La deuxième me parait la plus probable. Parce que les serfs affranchis portaient généralement le nom de la maison qu'ils occupaient: dans le Dénombrement de Gaston Fébus, en 1385, en tant que serfs, ils sont déjà identifiés par le toponyme, par le nom de leur maison.
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Comme la grande majorité des patronymes béarnais, la maison - l'"ostau" en béarnais - donnait son nom à ses habitants. On disait Pierre de Ranquetat pour désigner ce Pierre qui habitait la "maison Ranquetat". Le "de" voulait donc dire "qui vient de la maison".
De plus, à l'origine, ceux qui venaient habiter cette maison, en prenait le nom. Celle (ou celui !) qui se mariait avec l'aîné(e) - héritier(e) unique, selon la tradition - prenait le nom de la maison, donc de sa femme pour le marié ! Lorsque, à partir du XI° siècle, les gens ont commencé à porter des noms de famille, ce fut celui de la maison, en Béarn comme au Pays Basque ou en Bigorre.
Il ne sera donc pas étonnant de trouver en Béarn un lieu du nom de Ranquetat.
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EN 1385, LES SERFS DE GASTON FEBUS

Les serfs – habitants des "questaus" en Béarn – étaient affranchis à titre individuel. Gaston Fébus, seigneur de Béarn, qui connaissait ses intérêts, en affranchit moyennant quelques dizaines de sols morlaans, la monnaie locale. Il fit faire en 1385, pour bien maîtriser la situation, un état des lieux, que l’on appelle le Dénombrement de 1385, dans lequel il est dit, après avoir demandé le recensement des « foecs » -des feux- de Béarn :
« … item se sabut quantz questaus laus ha en Béarn,[savoir combien il y a de maisons serves en Béarn]
Item sie sabut totz los questaus qui, depuis Moss. Regi, se son afranquitz ne a qui an pagat los fius qui son a Moss. per lo diit afranquiment de questelitat.» [de même savoir tous "questaus" qui se sont affranchis et qui ont payé les "frais" pour le dit affranchissement de "questalité", d'état de servage]
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DES FRANCHISéS QUITTENT VILLEFRANCHE

Le nom de Franquetat est construit sur le modèle des noms que l’on retrouve à Saint-Boès, comme Guixarnaut de La Saubetat et Johanot de la La Saubetat. Des patronymes qui pouvaient désigner les originaires de La Saubetat voisine.
La Saubetat, c’est-à-dire La Sauveté, le V devenant B en Béarn, comme les Vascons y sont devenus les Bascons, les Basques.
Les sauvetés étaient, avant les villes franches, bâties comme des lieux privilégiés pour attirer de nouveaux habitants de régions peu peuplées, mais autour de l’église ou de l’abbaye. La « sauvegarde » était assurée par « la paix de Dieu », c’est-à-dire que ceux qui attaquaient une sauveté risquaient l’excommunication, et son âme aurait erré dans ce bas monde pour l’éternité. Et il existe aujourd’hui en Béarn la trace toponymique de ces sauvetés à Lasseubetat, dont le nom c’est déformé sous l’influence de Lasseube, toute proche. Lasseube veut dire « la forêt », en gascon, et par association, la saubetat, Lassaubetat est devenue Lasseubetat.

Le nom de Ranquetat désignaient les franchisés, ceux qui venaient de la ville affranchie, ou ville-franche. Nouveaux arrivants, ils donnèrent leur nom à leur maison, contrairement à l'usage, qui voulait que le toponyme devienne patronyme.
Labastide-Villefranche,l'une des rares villes franches du Béarn, avec ses 22 foecs, appelée Viele-Franque ou Biele-Franque dans le Dénombrement, n’est qu’à quelques lieux de Rive-Haute, où se situe le hameau de Ranquetat.
Les villages moyenâgeux en expansion voyaient arriver de nouveaux habitants des environs. Ils les identifiaient par leur bourg d’origine, ou, s’ils venaient de trop loin, par leur région d’origine. Et inversement, les premiers descendants des premiers occupants de la bastide qui ont quitté la Villefranche, on été identifiés sous le nom de Ranquetat. Mais pourquoi quitter ce lieu privilégié. Quelle force les meut ? S’agit-il de cadets, donc sans héritage, trop nombreux pour rester vivre dans la ville franche ?
Ces bastides de quatrième génération 1300-1370, sont d’abord défensives, et La Bastide-Villefranche est proche des terres anglaises. Les bastides recrutaient généralement les nouveaux habitants dans un rayon de trente kilomètres. Et ceux qui quittaient ces bastides ne devaient guère aller au-delà de cette zone.
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LES RANQUETAT DE GASTON FEBUS

Nous trouvons dans ce Dénombrement 7 Ranquetat et 3 Franquetat.
Autour de Labastide-Villefranche:

1- à 20 km au sud, " L'ostau de Guilhem-Arnaut de Ranquetat" est le premier de la liste des 24 feux vivants, ou foyers, maisons, recensés en 1385 à Rivehaute (Aribaute en béarnais)à la demande de Gaston Fébus. L'ostau de Gallarriete est vide. L'existence de cagots (Lo crestia) est signalée.

Près de Labastide-Villefranche :
2- à 26 km au sud, Guilhemet de Ranquetat (Viellenave/Viele-Nave-Navarrenx)[erreur corrigée]
3- à 10 km au nord, Ranquetat (Saint-Cricq-du-Gave/ Sent-Cric) prés de Sorde l’Abbaye, aujourd’hui dans les Landes.
4- à 10 km au sud-est de Labastide, Guilhem de Ranquetat (Autevielle et Saint-Martin/Autebiele e Sent-Martii), entre Labastide et Rive-Haute.
5- à 16 km au sud-est Ayso de Franquetat (Barraute), près de Sauveterre de Béarn.

Avec les Ranquetat de Rive-Haute, ce sont ainsi 5 familles recensées dans un périmètre de moins de 20 km autour de Labastide-Villefranche. Elles désignent sans aucun doute cette bourgade privilégiée, aux confins du Béarn et du Pays basque, comme étant leur racine. Il est évident, cela devrait aller sans le dire, que nous ne trouverons pas de Franquetat ou Ranquetat à Labastide-Villefranche, pas plus que nous ne trouverons de Lombard en Lombardie ! Ce qui est sûr c’est qu’en quittant La Bastide-Ville-Franche, ces Ranquetat ont perdu leur patronyme en usage à Labastide. Il est tout de même étonnant que des habitants aient quitté cette bastide, citée de privilèges, créée très probablement moins de 100 ans avant le Dénombrement.

D’autres Franquetat ou Ranquetat apparaissent plus loin, vers l’est, toujours en Béarn, à Monein, Tarsacq, Bénéjacq, Lembeye ou Oloron. Il est aisé, vu la faible densité de bastides en Béarn, de faire des rapprochements :
6- Peyrot de Ranquetat (Tarsacq/Terssac) au bord du gave de Pau, est face à Labastide-Cézéracq et Labastide-Montréjau, de l’autre côté du Gave de Pau.
7- Franquetat (Bourg-neuf/Borc-Nau, quartier de Monein) ostau laus, maison vide,
Et Guilhemo de Ranquetat (Loupien, quartier deMonein) sont à une douzaine de km de ces deux mêmes bastides jumelles.
8- P.de Ranquetat (Benejac/Beneyac) près de Nay, à 10 km de la bastide de Lestelle.
9- Domenge de Ranquetat (Lalonquère) près de Lembeye , les bastides les plus proches étant Garlin, à 20 km, et
10- Johanolo de Franquetat (Oloron) est par contre à plus de 40 km de ces 2 bastides, mais à 20 km de Gan ou Rébénacq.

Mais seule de toutes ces bastides, une dizaine en Béarn, Labastide-Villefranche portait le nom en ville franche. Seuls les originaires de cette bourgade était-ils identifiés sous le nom de (F)ranquetat ?
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ALpages2
22/09/02